Le musée national d’histoire naturelle ouvre les portes de la biodiversité luxembourgeoise

Published on June 17, 2026

Des millions de données sur les espèces du Luxembourg, accessibles à tous : le Musée national d’histoire naturelle (MNHNL) joue un rôle clé dans la collecte, la validation et la diffusion des connaissances sur le patrimoine naturel du pays.

de g à d : Guy Colling, biologiste et chargé de recherche ; Francis Kaell, directeur adjoint ; Raffael Mancini, développeur informatique pour l'Information digitale sur le patrimoine naturel ; Paul Braun, digital curator. Photos : Dominique Nauroy

Quand on pense à un musée d’histoire naturelle, on imagine souvent des vitrines, des fossiles ou des collections d’animaux naturalisés. Pourtant, une grande partie du travail du Musée national d’histoire naturelle du Luxembourg se déroule aujourd’hui dans l’univers des données, comme nous l’expliquent Francis Kaell, directeur adjoint, Paul Braun, digital curator, Guy Colling, biologiste et chargé de recherche et Raffael Mancini, développeur informatique pour l'Information digitale sur le patrimoine naturel.

L’une des missions fondamentales du MNHNL consiste à documenter le patrimoine naturel du pays (biodiversité et géodiversité) et à rendre ces informations accessibles. Cette mission se traduit notamment par la gestion d’importantes bases de données qui rassemblent observations de terrain, collections scientifiques et informations historiques accumulées depuis plus d’un siècle, pose Francis Kaell.

La biodiversité observée par tous

L’évolution des outils numériques a profondément transformé la manière dont ces données sont collectées. Des plateformes de science participative comme iNaturalist ou Observation.org permettent désormais à chacun de contribuer à la connaissance de la biodiversité.

Le principe est simple : photographier une plante, un insecte, un champignon ou un oiseau, puis partager l’observation via une application mobile. Une intelligence artificielle propose une identification, qui est ensuite validée par une communauté d’utilisateurs et de spécialistes.

Au Luxembourg, le musée participe activement à cette dynamique en coordonnant et en validant une partie de ces observations. Les experts du MNHNL et leurs collaborateurs scientifiques jouent un rôle essentiel pour garantir la qualité des données.

Recréation en 3D d’un spécimen de fossile, dont l’original se trouve dans la collection de paléontologie du MNHNL.

Cette participation citoyenne constitue aujourd’hui une source majeure d’informations. Certaines semaines, plusieurs milliers d’observations sont enregistrées au Luxembourg. « C’est ainsi que nous avons pu retrouver la trace d’une espèce d’orchidée que nous pensions disparue », indique Guy Colling. « C’est précieux, mais aussi quelque peu chaotique car aléatoire : au contraire d’un monitoring organisé où il s’agit de retourner au même endroit à des périodes définies, là nous recueillons ce que les gens veulent bien transmettre, à tout moment et en tout lieu. » Lors d’événements comme le « City Nature Challenge », qui a lieu chaque année fin avril, plus de 10 000 observations – de plus de 1 000 espèces sauvages de plantes, animaux ou champignons – peuvent être collectées en seulement quelques jours.

Avant l’avènement de l’ère numérique, des échantillons accompagnés de fiches descriptives étaient envoyés par des citoyens, illustres professeurs ou citoyens anonymes. Des experts corrigeaient alors patiemment les informations portées sur ces fiches, détaille Raffael Mancini.

Des données citoyennes aux données scientifiques

Les observations transmises par le public ne sont cependant qu’une partie de l’équation. Le musée alimente également ses bases de données grâce à ses propres travaux de recherche, aux campagnes de terrain menées par ses scientifiques, aux données produites par des partenaires institutionnels ainsi qu’à la numérisation des collections historiques conservées dans ses réserves.

Ces collections représentent un patrimoine scientifique considérable. Certaines planches d’herbier ou certains spécimens remontent au XIXe siècle. Leur numérisation permet aujourd’hui de rendre accessibles des informations autrefois consultables uniquement sur place. Aujourd’hui, quelque cinq millions d'observations d'espèces, collectés et analysés par le MNHNL, sont répertoriés sur Mdata, le portail cartographique de la biodiversité du Luxembourg.

Technique de la photogrammétrie consistant en une prise d’images en série sur un modèle pivotant afin de le recréer en 3D. Des usages grand public peuvent être imaginés, comme l’insertion dans des scènes de jeu vidéo.

Cette mise en ligne facilite considérablement le travail des chercheurs, premier public des données mises à disposition par le musée, explique Paul Braun. Là où il fallait autrefois voyager d’un musée à l’autre pour examiner des collections, il est désormais possible d’accéder à une grande partie de ces ressources à distance.

Le Luxembourg connecté à un réseau mondial

Le MNHNL ne travaille pas seul. Il représente le Luxembourg au sein du réseau mondial GBIF (Global Biodiversity Information Facility), une infrastructure internationale qui rassemble les données sur la biodiversité provenant de centaines d’institutions à travers le monde. Le musée a publié sur cette plateforme près de quatre millions d’éléments, issus notamment de ces bases de données.

Le rôle du GBIF est comparable à celui d’un grand agrégateur : plutôt que de consulter séparément les bases de données de dizaines de pays ou d’organisations, les chercheurs peuvent accéder à une source unique regroupant des millions d’enregistrements.

Les données luxembourgeoises publiées par le musée y sont régulièrement consultées et réutilisées dans des travaux scientifiques internationaux. Le système permet même de suivre l’utilisation des jeux de données dans des publications de recherche.

capture d'écran de GBIF
Capture d'écran de la page du site Internet de GBIF, montrant toutes les données du MNHNL et leur distribution dans le monde entier.

L’open data comme outil de réutilisation

Pour le musée, l’ouverture des données ne se limite pas au monde académique. Les informations mises à disposition sont également utilisées par les administrations publiques, les bureaux d’études environnementales ou les gestionnaires d’espaces naturels.

Spécimens mis à disposition sur Sketchfab par le MNHNL

Ces données servent par exemple à évaluer l’impact environnemental de projets d’aménagement, à suivre l’évolution d’espèces invasives ou à produire les rapports officiels exigés par les réglementations européennes.

L’accès est gratuit et ouvert. Toutefois, les responsables du musée rappellent que ces bases de données restent des outils spécialisés. Comme pour un article scientifique, leur interprétation nécessite souvent des connaissances techniques ou naturalistes.

Des données qui influencent les décisions publiques

Les observations accumulées au fil des années ont des impacts concrets. Elles permettent notamment d’établir les listes rouges des espèces menacées. Ces évaluations, réalisées selon les critères internationaux de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), servent ensuite de référence pour les politiques de protection de la nature.

mouches pollinisatrices
Mouches pollinisatrices, collectées depuis le XIXe siècle. Collection MNHNL

Les données collectées aujourd’hui peuvent donc avoir un impact sur les futures mesures de conservation, sur la réglementation environnementale ou encore sur les choix d’aménagement du territoire.

Une meilleure visibilité grâce au portail national Open data

Le musée souhaite également renforcer la visibilité de ses ressources en les rendant plus facilement découvrables via le portail Open data. L’objectif est de créer des passerelles vers les riches bases de données déjà disponibles. À travers cette démarche, le musée poursuit une ambition claire : faire en sorte que les données sur la biodiversité ne restent pas confinées aux spécialistes, mais deviennent un bien commun au service de la recherche, de l’action publique et de la société tout entière.

Datasets 7